Interview croisée : radiologue et manipulateur d’électroradiologie médicale
Le centre d’imagerie Cimrad a signé un protocole de coopération avec la CPTS CaPaciTéS pour la réalisation des arthrographies guidées par scopie par les manipulateurs d’électroradiologie médicale (MEM). Le Dr Benoît Barbier Brion, radiologue et Mme Yldirim Pinar ainsi que Mr Marguet Thibaud, manipulateurs, impliqués dans ce protocole, ont accepté de répondre à nos questions.
1 - Pouvez-vous nous dire comment se répartissent habituellement les tâches entre radiologue et manipulateur d’électroradiologie médicale (MEM) ?
Dr Benoît Barbier Brion :
Le radiologue porte la responsabilité médicale de l’examen. En amont, il analyse la demande, vérifie et valide l’indication, puis adapte si nécessaire la stratégie de réalisation. Pendant le geste réalisé par le MEM, il est présent dans la même unité et reste disponible à tout moment. Pour une arthrographie, il interprète ensuite l’ensemble de l’examen, c’est-à-dire l’arthroscanner ou l’arthro-IRM selon le geste technique réalisé. Il assure enfin la prise en charge de toute situation médicale particulière et de toute complication éventuelle. Le diagnostic et la décision médicale restent donc entièrement de son ressort, à chaque étape du parcours du patient.
Mme Yldirim Pinar et Mr Marguet Thibaud :
Le manipulateur intervient déjà largement dans le parcours du patient : accueil et installation, vérification de l’identité et du dossier, préparation du matériel et des produits, asepsie, radioprotection, réalisation du geste et des acquisitions, traçabilité. Les MEM concernés par notre protocole ont une solide expérience de la radiologie interventionnelle et travaillent depuis de nombreuses années aux côtés des radiologues sur différents gestes invasifs. Rappelons que le Code de la santé publique prévoit déjà que le MEM participe, sous la responsabilité et en présence du médecin et dans le cadre d’un protocole écrit, à des actes interventionnels comme la pose de CIP (chambre implantable percutanée).
2. Que va vous permettre ce protocole de coopération lors de la réalisation des arthrographies guidées par radiologie conventionnelle ?
Dr Benoît Barbier Brion :
Ce protocole améliore l’accès aux soins en réduisant les délais pour les patients souffrant de pathologies ostéo-articulaires : lors de sa construction, il fallait compter environ 42 jours pour une arthrographie. La CPTS l’a intégré à son projet de santé avec deux objectifs : réduire ces délais et libérer du temps médical au bénéfice de l’accès à l’imagerie. Le radiologue reste au cœur de la prise en charge : il valide l’inclusion du patient, reste immédiatement disponible, intervient dès que la situation sort du cadre et conserve les actes complexes comme l’interprétation. Il consacre davantage de temps aux tâches qui exigent son expertise.
Mme Yldirim Pinar et Mr Marguet Thibaud :
Le protocole permet au manipulateur d’élargir ses compétences dans un cadre sécurisé et après validation individuelle. Le parcours comprend sept heures de formation théorique, une évaluation puis au minimum trente gestes : dix en observation, dix à quatre mains avec le radiologue et dix en première main sous supervision, avant une mise en situation professionnelle validée par le radiologue délégant. Chaque procédure est suivie dans un logiciel dédié aux protocoles de coopération. Face à la crise des vocations et à la recherche de sens, cela ouvre des perspectives et valorise pleinement le travail du manipulateur, dans la complémentarité des deux professions.
3. Comment la mise en place de ce protocole a-t-elle été effectuée ? Depuis sa mise en œuvre, comment les choses se passent-elles ?
Dr Benoît Barbier Brion :
Ce protocole n’a rien de précipité. Construit sur plusieurs mois avec la CPTS CaPaciTéS Besançon & Métropole, un accompagnement méthodologique et l’ARS Bourgogne-Franche-Comté, il a suivi plusieurs étapes : audit de faisabilité en septembre 2025, présentation à la CPTS, validation par l’équipe médicale, dépôt officiel le 6 mars 2026, accepté par le Comité national des coopérations interprofessionnelles, et intégration au projet de santé de la CPTS le 7 avril 2026. La montée en charge est progressive, avec des critères d’inclusion précis, une check-list et le consentement du patient, qui peut refuser. Le manipulateur n’est jamais laissé seul hors de ses propres compétences.
Mme Yldirim Pinar et Mr Marguet Thibaud :
La mise en place s’est faite progressivement, avec une vraie logique de formation. Nous avons d’abord repris les bases théoriques : anatomie, voies d’abord, asepsie, radioprotection, analyse du dossier, troubles de l’hémostase et conduite à tenir en cas d’incident. Les premiers gestes ont ensuite été réalisés avec le radiologue, puis l’autonomie a augmenté au fil des compétences acquises. Même au stade le plus avancé, le radiologue reste joignable et peut intervenir immédiatement ; il est le plus souvent dans la salle ou à proximité. Notre responsabilité technique change, mais pas la logique du travail : une coopération étroite, avec des critères d’appel définis.
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